Vilma Fuentes
Ecrivain
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«La Castañeda», de Vilma Fuentes |
Article paru le 16 mars 2009 (Le Nouvel Obs) |
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Peut-on aimer à en mourir? Pour des idées, pour des hommes... Le 2 octobre 1968, l'armée mexicaine tire sur une foule d'étudiants réunis place des Trois-Cultures ou Tlatelolco, assassinant les espoirs de toute une génération. Cette même année, le Mexique organisait les Jeux Olympiques et ne souhaitait pas voir une révolte estudiantine gâcher la fête. La barbarie et la folie portées par cette répression se mêlent aux sentiments puissants, parfois contradictoires que ressent la narratrice: angoisse, jalousie... C'est une jeune femme, étudiante, enceinte et amoureuse de Daniel, lui aussi étudiant. Mais, parce qu'elle est enceinte, elle ne peut participer à toutes les marches et réunions. Elle se sent alors de plus en plus isolée et séparée de Daniel et s'accroche à un amour fou, de plus en plus destructeur par peur de le perdre, qu'il disparaisse comme tous ces gens qui ont assisté au meeting à Tlatelolco. Sa grossesse apparaît alors comme inopportune, malvenue. Et tout au long du récit, cette femme militante, «femme de mots» comme le lui reproche Daniel, paraît indifférente à cet événement. L'auteur, Vilma Fuentes , reconstruit à merveille le cloisonnement dans lequel vivait la population de Mexico à l'époque. Menaces, intimidations: personne ne répond du massacre des étudiants et personne n'ose demander après ses proches. «Une mère qui a déjà perdu un fils préfère qu'on ne lui en tue pas un second.» Le récit évoque alors ce deuil impossible quand les proches disparaissent, sentiment qui rend fou. Et cette folie est mise en parallèle avec la description d'asiles dans lesquels les fous sont alignés, ligotés sur leurs lits. Les barreaux, les grillages, sont des images qui reviennent constamment sous la plume de Vilma Fuentes pour nous montrer qu'il n'y avait pas d'échappatoire. Elle décrit sans détours un État policier, réactionnaire: «Je n'avais jamais pensé qu'il pouvait exister une prison pour les petites filles», évoquant un internat dans lequel sont enfermées les petites filles «perverses». Quand son amour et la pression de cette société autoritaire viennent à bout de sa raison, elle intègre elle-même un asile: la Castañeda. Elle crée alors un univers étrange: à la fois profond et futile puisqu'elle ne pénètre jamais vraiment les pensées des autres femmes. Le récit de Vilma Fuentes, s'il nous en dit long sur le Mexique de l'époque, est avant tout une histoire d'amour. Un amour fou qui va dévorer la narratrice. Et l'on sent que l'auteur a soigneusement choisi les mots pour nous faire ressentir cette intensité à travers une écriture fluide, mais très riche et parfois poétique. Un livre magnifique. J. S. «La Castañeda», de Vilma Fuentes, éd. La Différence. 315 p.,10 €. |
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